Deux mois plus tard...
Je suis en rééducation de la réflexion. Mon cerveau fait le veau. Ce cycle d'étude a suffi à me dégouter de mon activité favorite, à savoir la musculation de l'intellect. Ma tête abrite désormais un nuage brumeux qui m'empêche de jouer à Tomb Raider seule. Je ne peux plus lire et l'écriture est une épreuve éprouvante.
Un beau mercredi après un réveil difficile qui m'a fait rater la première heure de cours, je m'assois les yeux lourds dans une salle morne car occupée - comme à son habitude - par quatre élèves. L'autre moitié compte deux déserteurs, un disparu et un rebelle occasionnel. Ma camarade au joli manteau me tend un polycopié : " les deux colonnes à traduire pour demain..." Des minutes et des minutes et des minutes et des minutes de travail à rester bloqué sur tel ou tel mot qui n'est pas dans le dictionnaire parce qu'il a été crasé. Ou peut-être même que c'est un néologisme ou un recopiage incertain ou une erreur du poète ou une tâche d'encre sur le polycopié... Quoiqu'il en soit, le mercredi après-midi est condamné. Ne perdons pas patience.
Linguistique ancienne! Il me hâte d'apprendre les 1435 occurences de opos pour un coefficient qui nous rit au nez.
Grammaire latine! Penser à autre chose avec radio ut+subjonctif. J'en suis encore au chapitre 9. Nous en sommes au 24 par là. Et... Vers 10h42 nous apprenons outrés et désolés que nous avons un devoir à faire à la maison en plus d'un devoir sur table plus un dossier grammatical qui demande un millier d'heures de concentration.
Auteur latin! L'examen sera parsemé de question sur L'Eneide. Il faut donc relire L'Eneide. Ouf. J'ai cru m'ennuyer. NB: Restent onze matières supplémentaires en réserve. Je tripote mon portable impatiente. La sonnerie imaginaire retentit. Je me rue vers la sortie, appelle les parents et m'exclame: "C'est bon, là j'arrête! J'en peux pluuuus!"
Voilà. Je fais donc partie de ces étudiants qui abandonnent la fac sauf que je le fais pas à Noël de la première année mais à un mois et demi de la licence. Peu importe. Refus de déshumanisation et de l'autorité injuste, ennui intense, fatigue rare, ras-le-bol certain...
Que fais-je aujourd'hui? Je dors, je mange, je sors, j'aime, je joue au ping-pong, je hais les scénaristes de Dexter car ils font du bon boulot pendant que je suis vide d'idées et que le monde avance. Dans quelques jours je serai plantée devant un ordinateur à enregistrer des photos de pièces mécaniques contre un joyeux salaire, je ferai du vélo et écrirai sur la troisième guerre mondiale, l'extinction du sexe ou les tatavas.
Valete!